Le banquet le plus nourrissant qui soit

France
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Comment l’amour du luxe à la française m’a conduite à savourer les Écritures
Par Stéphanie Rousselle

umin. Cannelle. Cardamome. Curry. Coriandre. Toutes sortes de couleurs et de senteurs enveloppaient chaque ami qui passait la porte d’entrée de notre maison américaine, offrant bien plus qu’un repas à partager. Nous avions invité chacun d’entre eux pour faire l’expérience d’un voyage culinaire inhabituel, leur demandant d’apporter leur plat « maison » préféré dont nous allions tous nous délecter. Ce repas festif inattendu arriva dans toutes sortes de contenants, des plats en fonte aux faitouts en poterie, des casseroles en verre aux paniers tressés. Aucun couvercle ne pouvait cependant retenir les arômes qui se répandaient tout autour de nous, avant-goûts d’une fête à venir pour nos cinq sens.

La table fut dressée, et les trésors, dévoilés : taboulé libanais, chapati indien, mezze grecs, paella espagnole, curry thaïlandais, kimchi coréen, venaison brésilienne, confit de canard bien français, cheesecake américain et tiramisu italien. J’avais même pris le temps de confectionner des croissants maison.

Le moment vint enfin de prendre place autour de ma nappe à carreaux rouges et blancs, et de mes assiettes blanches en porcelaine fine qui allaient servir d’écrin aux découvertes à venir. Les fleurs du jardin cueillies par mon mari ajoutaient un je-ne-sais-quoi de festif, précurseur de l’ambiance des quelques heures à venir. Chacun leur tour, nos invités présentèrent leur contribution culinaire, accompagnée d’anecdotes personnelles et de souvenirs choisis avec amour. Ils nous invitaient ainsi à entrer dans une expérience intime de leur culture à travers nos cinq sens. La générosité gustative de chaque bouchée n’avait pour égaux que l’extravagance de la présentation et des textures, le rire facile qui ponctuait la conversation, et les parfums exotiques de ce menu hors normes. Pour une journée, notre demeure fut un havre de cultures culinaires.

Stéphanie Rousselle

Je pris le temps d’observer mes invités et leurs interactions avec les mets qui leur étaient présentés. Certains faisaient le choix du conventionnel, gardant sous la main le saladier plein de chips au sel et au poivre. D’autres, plus téméraires, vécurent des moments inédits pour leur palais.

Les regardant, je ne pouvais m’empêcher de m’interroger : Quelles saveurs ai-je encore à découvrir au long de mon périple spirituel ? Est-ce que j’aborde la Bible en m’attendant à l’irruption de nouveautés délicieusement épicées, ou est-ce que je me satisfais des chips au sel et au poivre que je retrouve chaque jour ? Contemplant la diversité des personnes qui m’entouraient, je me posai aussi la question : l’Église universelle, cette beauté multiculturelle qui transcende l’espace et le temps, pourrait-elle enrichir ma relation avec mon Seigneur ? Ou ai-je plutôt tendance à choisir ce qui m’est déjà culturellement familier ?

 

En tant que Française, je m’imagine parfois génétiquement conditionnée pour apprécier la bonne chère — une idée reçue encouragée ici dans la culture américaine qui tend à imaginer que chaque Français est un grand chef de cuisine. Ex-athée m’étant tournée vers le Seigneur alors que j’étais jeune adulte, ma passion pour Jésus et ma gratitude envers lui sont les saveurs spirituelles qui parfument chaque moment de ma vie. Et, parce que j’ai vécu les deux dernières décennies sur trois continents, dans quatre pays et cinq villes à travers six professions, j’ai appris à déchiffrer langages et traditions afin de goûter aux beautés culturelles qui m’entourent.

Aujourd’hui même, en tant que Française habitant aux États-Unis, je prolonge mon expérience multiculturelle avec ma famille. Cette journée de festin international devint une source d’inspiration pour approcher les Écritures à travers la même grille de lecture des langues, saveurs, cultures et épices. J’ai appris à vivre à l’intersection entre cultures et Écritures. Dieu m’a lancé le défi, il y a presque trente ans, lorsque j’étais encore athée, d’oser « goûter et constater que le Seigneur est bon ». Depuis, j’ai découvert que Dieu s’apparente au chocolat bien noir : addictif et bon pour la santé.

Quand les Écritures se sont ouvertes à moi dans leur lumineuse beauté, j’ai découvert que notre merveilleux Seigneur sait prendre appui sur notre culture pour se révéler à nous : dans mon cas, il prit un verset déguisé en invitation quasi culinaire (« goûtez et constatez que le Seigneur est bon », Psaume 34.8) pour m’inviter à un voyage que mon cœur pouvait comprendre.

En Français nous avons un très beau mot, le mot « délice. » Nous faisons de Dieu nos délices, tout comme mes invités firent de chaque plat leur délice. Nos amis anglophones distinguent deux mots différents, « delight » et « deliciousness ». Ainsi, un anglophone ne fera pas aussi immédiatement le lien entre un délice spirituel et un délice culinaire. Mais ce lien est plein de poésie. Quand nous cherchons à faire de la gloire de Dieu nos délices, nous cherchons tout autant à savourer sa bonté. C’est la raison pour laquelle j’aime décrire ma plus grande ambition et la raison de mon existence par ces mots : « la gloire de Dieu, notre délice ».

Nous autres, Français, sommes réputés pour un certain hédonisme, et je serai la première à reconnaître que, sans Jésus Christ, nous nous sommes engagés dans toutes sortes d’impasses spirituelles et charnelles. Mais permettez-moi, en toute humilité, de faire œuvre de rédemption pour ce petit pré carré de notre belle culture française : notre définition de l’idée de luxe. Ici, aux États-Unis, je découvre que le luxe peut assez bien se définir par l’abondance et la qualité des possessions matérielles. En France, je m’aventurerais humblement à suggérer que le luxe peut aussi être défini différemment. La plus belle définition que je connaisse du luxe est « un banquet pour les cinq sens ». Quand vos sens sont tous ensemble tournés vers quelque chose de beau ou de bon en un instant donné, cet instant est intrinsèquement luxueux. Retournez en pensée à ce moment tout simple où vous prenez la première bouchée d’un croissant au beurre, croustillant, à peine sorti du four. Vos sens de l’odorat, de la vue, du toucher, du goût et même de l’ouïe sont invités à la fête. C’est cela, le luxe dans le quotidien.

De même, le véritable luxe spirituel, c’est d’être si pleinement immergé dans notre relation avec Dieu que nos « cinq sens » spirituels sont à la fête. Nous faisons de Dieu notre délice avec tout notre cœur, toute notre pensée, toute notre âme, tout notre esprit, et toute notre force. Nous soupirons après lui, plus que la biche qui tourne sa tête vers le cours d’eau, ou que l’enfant qui cherche l’étreinte de sa mère.

Dieu dit à Jérémie et Ézéchiel que sa parole est semblable au miel. Et si sa Parole était aussi comme un bon croissant ? En France, le croissant fait partie de ce qui peut transformer le quotidien en luxe gustatif. Ce petit croissant est présent chaque matin, à côté de ma tasse de café bien noir, sans sucre ni crème, alors que j’ouvre ma Bible pour rencontrer Dieu avant même que le soleil ne se lève.

Ce moment de luxe est le point de départ d’une journée construite avec détermination et intentionnalité, à distance de toute forme de répétition insipide et sans goût, disponible à des changements créatifs. Dans ma méditation, je fais appel à différentes disciplines spirituelles, chacune comme une épice au profil précis, qui, prises ensemble, préviendront la fadeur. Nous bénéficions d’un vaste étalage d’épices spirituelles pour enrichir notre foi : mémorisation des Écritures, prière, étude biblique, journal personnel, service auprès d’autrui, jeûne, louange et adoration, chant et lecture d’auteurs édifiants, d’hier et d’aujourd’hui.

Tout comme les nombreux plats de notre banquet partagé, ces petits pots d’épices s’ouvrent à nous pour offrir différentes senteurs et saveurs, qui inspirent et invitent mon âme et mon cœur à entrer dans une dimension de luxe spirituel, incluant mes cinq sens spirituels. Ils m’apprennent à aimer le Seigneur mon Dieu de tout mon cœur, de toute ma pensée, de toute mon âme, de toute ma force et de tout mon esprit.

Un dernier élément de cette expérience du luxe spirituel me convie chaque jour dans l’émerveillement et l’adoration au cœur de la Salle du Trône : en Christ, notre succès est garanti. En d’autres termes, quand je choisis de faire de la gloire de Dieu mon délice, j’aligne mon cœur avec la volonté de Dieu pour moi, me préparant à mener une vie pleinement satisfaisante, épanouissante et délicieusement réussie. Tout comme mes invités ce jour-là allaient forcément réussir leurs recettes parce qu’elles étaient enracinées dans leur histoire, leur culture et leur identité, de la même manière, faire de Dieu mon délice est à la fois l’origine et la direction de mon identité, enracinée en lui. C’est la saveur de la vie véritable, et le luxe spirituel ultime.

Je ne saurais décrire l’inimitable qualité d’un croissant à peine sorti du four sans vous en tendre un pour que vous le goûtiez. Sans en faire l’expérience personnelle, nous ne pouvons pas davantage décrire ce qu’est l’admiration émerveillée que nous sommes appelés à éprouver envers Dieu. En tant qu’enfant de Dieu, je suis créée pour faire de sa gloire mon délice au quotidien. Voilà le luxe spirituel ultime, et la définition du vrai succès. Ce luxe et ce succès se présenteront différemment pour chacun de nous, parce que Dieu est bien trop créatif pour faire deux fois la même chose. Tout comme ma fille aime à me le rappeler, un original vaut bien plus qu’une copie.

Vu sous cet angle, mon banquet multiculturel nous offre une belle métaphore gustative de ce véritable luxe spirituel et éternel. Chaque contribution était un original unique, mais toutes ensemble chantaient une réalité qui les dépassait toutes, transcendant chaque épice et saveur individuelle. Pendant un court moment enraciné dans le temps et l’espace, nous nous sommes trouvés unis dans cette diversité de saveurs, de parfums, de textures, de couleurs et de rires. Nous avons expérimenté la communion dont jouirons bientôt pour l’éternité toutes les langues, toutes les tribus, toutes les nations. Faire de la gloire de Dieu notre délice est le besoin le plus profond du cœur humain, et le banquet le plus nourrissant qui soit.

Votre place est prête. Prenez une chaise. Vous êtes attendu.

Photographie de couverture par Klara Kulikova

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